mercredi 21 septembre 2011
Premier prix Poésie du concours Alexandre-VosÉcrits
La fleur au fusil
Ne m’en veux pas si je pleure un peu : j’ai toujours cru que l’histoire
des chiens était l’histoire des hommes.
Jamais trop de joies, l’amour à coups de poing.
Est-ce que tu le sens, le poids ?
Des corps
Des jours
Des lendemains.
Les espoirs s’écrivent à l’alcool fort
Toujours
Se marquent à l’encre sous la peau.
Il ne manque pas grand-chose avant le vide
Juste des ailes dans le dos.
*
Je me demande souvent à quoi pensent les hommes, lorsqu’ils
tombent.
Moi, je pense à toi. À hier, aux dernières secondes.
Celles qui séparent le rêveur du défenestré, le ciel du goudron, le
battement du trait.
L’amour rend con
La douleur, aveugle.
Alors j’ai renoncé aux couleurs, à l’eau, à toutes ces choses inutiles.
Ne t’en fais pas
Ça sera pire demain.
Il y aura du verre cassé, une grosse gueule de bois et quelques
entailles dans ce qu’il me reste de vie : l’arbre est couché, je ne suis
plus aussi fort qu’avant.
Je vieillis, doucement. Je pourris, doucement. Il m’arrive même
d’être lâche.
Finalement, tu vois, de ton iris sont tombées les graines qui n’ont
jamais fleuri
Les enfants qui ne sont jamais nés
Les hommes qui n’en seront jamais.
Tiens, je te donne mon silence.
Une pousse de rien, immense dans le verbe taire. Une petite marguerite
que l’on piétine
Une fleur un peu.
Une fleur beaucoup.
Une fleur contre la tempe.
D 609
Un champ de coquelicots. Paysage épouillé, un peu perdu.
Hors du temps des enfants s’aiment
S’aiment
Quelques graines de pavot.
Il est loin le bonheur
Et l’idée qu’on s’en fait s’estompe dans l’odeur insistante des camions
Toujours statiques
En warning sur le bas-côté des choses.
Ici, il y avait un champ de coquelicots. Couleur oubliée.
Ne reste que le rouge de la petite monnaie
Les mains grasses qui la portent
Et la bouche fanée des femmes mortes en plein soleil.
Pont de Normandie
Le Havre, malade, s’accrochait encore un peu aux bras amples de la
Seine.
C’était une ville de brumes, une expérience grise.
Sa gueule ouverte, éclaboussée des couleurs sales, toussait des bouts
d’asphalte.
Partout du béton, en pleine chute, s’écroulant en volutes sous un ciel
titubant.
Le Havre… ou quand la lumière vomit.
Au bout des fumées, dans la rouillure opaque d’un nuage, comme un
sourcil posé à l’oeil des marées,
était un pont.
Un pont salvateur, un chemin second, planté, là, dans l’iris de
Honfleur.
Et me voici, chétif, pendu à ses épaules gigantesques ; étourdi par
l’espace vertigineux me séparant des vagues. En bas, l’océan gonfle
et se rétracte, comme un muscle.
Et le vent… le vent puissant, qui bat les nuques, transperce les tissus
pour ne toucher qu’un seul nerf.
J’ai l’échine à vif, les pupilles renversées
Je me noie dans la hauteur.
Dans la masse presque hilare des raisons en partance, comme on fait
le silence sous le cri d’un homme fort, je me suis tu.
Bousculé par le roulis bruyant des pensées vagues, je laissais exploser
ma petitesse ; cette lâcheté odorante que je porte comme un pagne,
en mon torse.
« Ici, mes jours ont la teinte des premières couleurs de la nuit. »
Sourire joli, la couleur du tabac dans le blanc des canines. La douleur
s’habille de soi, petit manteau de chair bleuie vautré dans le gris de
Seine-Maritime.
Cela fait six mois maintenant que tu es morte.
Opération à coeur ouvert, la solitude est une maladie.
Et elle crie dans chaque souffle que ma peau est orpheline. La vie
est faite de vide.
Mon corps en porte les stigmates, bien au-delà de quelques rides.
Bam-bam… bam-bam…
Je sens ton pouls en décalé battre le glas dans mon aorte. Tout
tremble, palpite jusque sous les ongles ;
j’ai un peu peur.
Papa m’a dit que tous les hommes avaient peur.
Frisson.
« Ici, mes jours ont la teinte des premières couleurs de la nuit. »
Alors, j’ai rendu au vide
sa part de petite chair.
par Olivier Gay
Pascale
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

1 commentaire:
Félicitations au lauréat !
Enregistrer un commentaire