Ma mère est là, tête penchée sur sa table roulante, entre son lit médicalisé et la fenêtre, petit bout de femme, émouvant dans sa solitude et son enfermement.
Elle ne m’a pas reconnue.
Il en est ainsi depuis si longtemps.
J’ai posé mes mains sur les siennes. J’ai la particularité d’avoir toujours les mains chaudes, même l’hiver.
Elle les a saisies, les a caressées, embrassées à plusieurs reprises et les a tenues fermement entre les siennes pendant presque une heure.
Une heure silencieuse et chargée d’amour.
Elle reniflait ma peau, comme une chatte renifle son petit. Elle léchait mes doigts à petits coups précis.
A-t-elle reconnu l’odeur de son enfant ?
Elle m’a flairée.
La douleur habituelle qui embrase mon plexus solaire a disparu pour faire place à une grande joie.
Je me suis levée doucement de ma chaise, j’ai soulevé ma main gauche pour lui caresser la tête.
Si frêle objet. Je sens les plaques osseuses sous mes doigts. Ne restent que la peau, les veines saillantes sur ce squelette animé.
Elle prend ma deuxième main pour la déposer sur son visage. Je parcours ainsi en caresses légères chaque centimètre de ce qui pour moi sera le portrait final de ma mère.
Étrange peinture, toute en émotion et légers tressaillements de sa part lorsque le plaisir l’effleure.
Elle aura cent ans en août 2013.
Janine Martin-Sacriste
Pascale
mardi 8 novembre 2011
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1 commentaires:
c'est très beau, très sensible. Des mots posés avec amour et délicatesse.
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